"Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin"
Antoine de Saint Exupéry
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"Rencontre du troisième type" ou "une journée particulière"?
Novembre 2000. Je fais partie de la délégation venue inaugurer différents projets financés par ma région en Palestine, avec mon président de région, Michel Sapin
Le matin, direction Bethléem, pour une visite rapide des lieux saints (tous faux selon des sources sûres- j'en reparlerai sans doute) et une inauguration: de splendides jardins à terrasses de pierres sèches.. C'est beau, trop sans doute. Ce sera complètement détruit peu après par des chars israéliens....
Retour à Jérusalem. L'hôtel se situe sur le Mont des Oliviers. Tout le monde à entendu parler de cette colline... Ce que je ne savais pas, c'est qu'elle faisait face à la vieille ville de Jérusalem.
La vue est splendide...tellement chargée d'histoire, de beauté et de sang...
Je retourne à ma chambre d'hôtel et regarde les news... Yasser Arafat reçoit Li Peng, alors responsable chinois. Ce sont les actualités... mais la réalité n'est pas si loin. Je dois me préparer pour rencontrer....Yasser Arafat. Je fais en effet partie de la délégation restreinte qui doit avoir une audience avec lui.
Notre mini bus arrive et nous sommes escortés par la police palestinienne jusque Ramallah et le fameux bunker vu des centaines de fois à la télé. Là, des hommes lourdement armés nous attendent, et, sans fouille préalable fait entrer notre petite délégation (une demi douzaine de personnes). Ascenseur, couloirs et nous entrons dans une petite pièce, celle entrevue à la télé l'après midi. Cette fois, je suis dans le film... Un peu trop d'ailleurs, car je me fais rabrouer poliment pour avoir tenté de filmer cet évènement comme un vulgaire touriste. Arafat entre et ses gardes nous laissent seuls avec lui. Pour moi, le moment est historique. Cet homme a serré les mains des plus grands de ce monde... Moment intense. Pourtant, c'est un vieil homme usé qui est avec nous, parlant lentement. Plutôt le genre "qu'on aide à traverser la route" que dangereux terroriste. Les échanges sont lents, les silences sont "remplis". Nous étions prévenus. Après quelques minutes de dialogue entre Michel Sapin et lui, il me regarde, sourit comme à un fils et me tend la main en disant "come"...
C'est le moment de la photo officielle avec l'ensemble de la délégation (que je n'ai pas retrouvée numérisée - peu importe)
Le soir, le film continue. Réception chez le consul de France à Jérusalem. Conscient de vivre un moment rare, je ne lâche pas le consul et m'abreuve de connaissances, de scoops, d'anecdotes: en fait, la France a deux représentants en Israël: l'ambassadeur de France en Israël, en poste à Tel Aviv, pro-israélien et le consul de France à Jérusalem, pro-palestinien. La tradition veut qu'ils se détestent...
Deux jours plus tard, je serai au boulot...comme tout le monde. C'est beau la vie, quelquefois, non?
Pour info, je suis sur la photo du haut, et juste derrière le photographe sur la photo du bas.....
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Publié le 4/04/2008 à 11:37, dans les picorettes, Ramallah Mots clefs : arafat |
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un voyage pas comme les autres
Mauritanie, novembre 2001.
Je suis en mission pour mettre sur pied la coopération entre ma région, la région Centre, et le Gorgol, région du Sud de la Mauritanie, à la frontière du Sénégal.
Plantons le décor: je suis fraichement élu conseiller régional, et j'ai en charge la politique de coopération. Plusieurs villes de nos régions ont des liens, il me semble judicieux de coordonner tout cela et de faire une coopération "exemplaire".
La Mauritanie: pays très compliqué, comme tous les pays de la bande sahélienne où se mêlent les populations blanches (maures, arabes, etc...) et noires. Historiquement, les arabes ont utilisé les noirs commes esclaves. En Mauritanie, cette histoire est présente: schématiquement, la population est divisée en trois: les maures, qui détiennent le pouvoir, les noirs, souvent délaissés, et les Harratines, descendants d'esclaves affranchis, sorte de classe moyenne
C'est très résumé.... Rajoutons que la Mauritanie est une république islamique, d'un islam modéré.
Le Gorgol est à population quasi exclusivement noire, et est une région défavorisée, régulièrement en butte à des troubles parfois violents.
Je suis attendu en tant qu'élu, au milieu d'une délégation d'autres élus de communes françaises jumelées avec des communes mauritaniennes. Je ne vais pas rentrer dans le détail ni de la coopération, ni du séjour, mais j'ai envie de vous faire partager quelques anecdotes d'un voyage officiel:
- Arrivée à Nouakchott avec 12 heures de retard, à 4 heures du matin. A la descente de l'avion, haie d'honneur: le vice président de l'assemblée nationale, les députés et sénateurs du Gorgol.... Déjà, çà calme !!!!
- Un "guide" pendant tout le voyage: député de la région, ancien responsable des douanes, un physique à la Eddy Murphy, c'est un personnage brillant, séducteur et "trouble " à la fois. Son ambition d'être le parrain local est évidente. Avec lui, le jeu sera amusant: je me suis documenté avant de venir et je sais des choses qu'il ne faut pas savoir. Il sait que je sais, et je sais qu'il sait que je sais..... les conversations seront truffées de sous entendus, de périphrases et de sourires entendus. Un régal!
- Une entrevue avec le ministre de l'intérieur qui me remet poliment mais fermement à ma place pour avoir osé affirmer que la région du Gorgol était délaissée par le pouvoir central.
- Des traversées de village "à la De Gaulle". Des haies d'honneur dans chaque village pour le passage de nos trois 4x4 climatisées avec applaudissements. Ne manquaient plus que les petits drapeaux et les pagnes à mon effigie.
- Des haltes dans les plus grands villages avec un rituel immuable: poignées de main à la file de dizaines de notables, puis passage sous la tente pour déguster le mouton tué pour nous. Ensuite, je devais faire un discours, traduit à chaque fois en arabe et en Poulaar. Très curieux.
Ce fut une expérience unique et très formatrice. Un autre type de voyage. Bien évidemment, je n'ai pu voir que l'écume des choses, mais c'est également une vision de la réalité. J'ai abandonné depuis mon poste à la région et la coopération continue.
Et j'aime toujours le mouton!
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Publié le 14/03/2008 à 06:14, dans les picorettes, Kaédi Mots clefs : coopération, officiel |
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foot et intifada
Jéricho, Palestine, novembre 1999 peu avant la deuxième intifada.
Dans une vie antérieure, j'ai eu quelques responsabilités passionnantes concernant les relations internationales dans une collectivité régionale.
Me voici au sein d'une délégation officielle, en Israel et en Palestine. Nous visitons un camp de réfugiés à Jéricho. En fait, depuis le temps que les réfugiés sont là, les batiments sont en dur. Dans ce camp un centre de formation professionnelle. Pendant que la délégation fait sa ballade officielle, je m'écarte du groupe. Deux ados sur un ordi. Je m'approche
Leur question (en anglais): d'où viens tu? - De France!- France? Zinedine Zidane...!!!!! Et les voici tout excités à me mimer la finale de coupe du monde France Brésil. L'un se frotte sur la tête..euh.......Barthès !!!! Puis l'un d'entre eux, plus grave : Zidane Djazaïr ! Comme je ne comprenais pas, une enseignante me traduit avec un beau sourire: Zidane algérien! Voilà il est un peu des leurs ...
Le lendemain, autre moment officiel. Devant l'assemblée d'élus adultes, un jeune homme d'une dizaine d'années fait un discours. Après une première partie conventionnelle (remerciements, etc...) la deuxième prend un tournant inattendu:
"Nous voudrions que vous portiez un message à Michel Platini et à l'équipe de France de football. Nous aimerions qu'ils viennent à nouveau jouer chez nous, etc..... " Petit rappel: lors des premiers balbutiements d'indépendance d'une entité palestinienne, l'équipe de France de Michel Platini était venu faire un match symbolique contre l'équipe palestinienne. Ce fut pour eux la première marque d'estime et la preuve qu'ils existaient au point de vue international.
Si tout ceci est désormais bien loin et le conflit encore une fois totalement embourbé, j'ai compris ce jour là que , qu'on l'aime ou non, le football était un phénomène mondial et que son importance allait bien au delà du sport.
Cela m'a été confirmé à maintes reprises (discussion pointue sur le championnat français avec un balayeur de l'aéroport de Lomé (Togo) ou liste eshaustive des footballeurs burkinabés jouant en France par deux gendarmes sur le bord de la route au Burkina.
Le football comme langage universel de paix? Peut être pas encore, mais un lien et souvent un sésame!
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Publié le 6/03/2008 à 01:14, dans les picorettes, Jerusalem Mots clefs : symbole, intifada, football |
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Guerre et vacances
Juillet 2001
En famille, nous traversons la Croatie en camping car, avant de revenir vers l'Italie. Voyage de rêve.
La côte dalmate est superbe.
Pour aller à Sibenik, je choisis la route intérieure, plus directe que la côtière qui passe par Zadar.
Le premier village s'appelle Latinski Islam. Tout un programme.... La première maison ne semble pas achevée, la deuxième non plus.
Personne dans ce village rue...
Alors je comprends : ces maisons ne sont pas en cours de construction: elles sont détruites, sans doute à la grenade.
Toutes les maisons de ce village ont été méthodiquement détruites, éventrées. Je stoppe le moteur et descend. Le silence est pesant. Pas âme qui vive. Les jardins sont à l'abandon, mais la vie semble ne s'être arrêtée qu'hier, ou du moins avant hier.
Les portes et grilles sont entr'ouvertes. Voilà 10 ans que la vie s'est arrêtée, que la mort a frappé.
A la sortie du village, un monument aux morts avec des dizaines de noms de jeunes gens tués en quelques jours, 10 ans plus tôt.
Tout autour les champs sont minés, plantés de panneaux à tête de mort.
Le village suivant, Islam Grçki aura subi le même sort. Par contre, quelques maisons sont en cours de reconstruction, indiquées par des drapeaux croates fièrement exhibés. La vie reprend.... mais différemment
Ces deux villages avaient un millier d'habitants chacun. Leurs noms sont évocateurs de la mixité des populations qui y vivaient depuis des siècles : Latinski pour les catholiques, Islam pour les musulmans, Grçki pour les orthodoxes. Ils étaient fiers de ce brassage, qui avait résisté aux siècles et à une deuxième guerre mondiale pourtant difficile dans cette région. Ils étaient dans la même équipe de foot, avaient construit la même école primaire de leurs mains.
Désormais, les musulmans sont en Bosnie, les orthodoxes en Serbie et les croates sont tranquilles. Purement tranquilles.
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Publié le 24/02/2008 à 06:15, dans les picorettes, Benkovac Mots clefs : guerre, religion |
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Là bas, être malade n'est jamais bénin.....
Camaté Tchakaloké, Bénin, février 1994
Notre périple au Bénin va s'achever.Voilà plusieurs jours que nous sommes dans ce petit village, fondus dans la population (enfin presque... les blancs sont rares !) Hyacinthe nous explique que la principale ressource des villageois est le coton, mais que celui ci paye mal: une récolte rapporte 18000 CFA ...l'année soit un peu moins de 28 euros pas an !!!!!! La journée se termine, il nous reste 2 jours et c'est le retour. Nous décidons de laisser notre stock de médicaments, principalement composé d'antibiotiques.
Le lendemain, changement de décor, c'est dans un autre village, près du lac Ahémé que nous dormons. Enfin que nous passons la nuit car celle ci se passe mal: Mireille, mon épouse est malade et vomit. Toute la nuit , je vide le seau dans le trou des toilettes rempli d'insectes, tendant l'oreille aux roulements des tams tams lointains des cérémonies vaudoues. Ambiance...
Le lendemain matin, chance pour nous. Dans le village d'à côté, un médecin béninois installé en France est de passage et nous vend une boite d'amoxicilline, identique aux échantillons laissés à Camaté. Prix de la boite, 6000 CFA. Le tiers du revenu annuel des cultivateurs de coton !!! J'ai alors compris l'intérêt des prières à des dieux improbables et le pouvoir des sacrifices de poulets comme médicaments!
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Publié le 22/02/2008 à 12:08, dans les picorettes, Abomey Mots clefs : sante |
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