les mystères de miss terre
"Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin" Antoine de Saint Exupéry


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Nullarbor, de David Fauquemberg, éditions étonnants voyageurs

Nullarbor.... Un nom comme un frisson. Je connaissais ce nom, et le situais d'emblée en Australie. Pour moi c'était une terre mystérieuse et Nullarbor un nom aborigène, plein de symbolique. Que nenni, la racine est latine et évidente: Nullarbor = Nul arbre!
Tout est dit pour cette vaste province australienne.
Nullarbor. David Fauquemberg s'apprête à traverser ce no man's land, en stop. Il fuit....Il n'a plus un sou. Il ne semble pas avoir de but. Que fuit il, que fait un prof de Philo français désemparé au milieu deu désert australien , nous n'en saurons rien. Mais la fuite et l'angoisse sont omniprésentes.
L'Australie de David Fauquemberg n'est pas celle que l'on rêve. Point de plages et de surfeurs blonds. Dans ce monde âpre et dur, les hommes s'adaptent. Les Australiens qu'il croise sont brutaux, fêlés. Du conducteur de road train, ces immenses poids lourds qui sillonnent les immensités du bush, au poète italien dangereusement timbré...
Arrivé à Perth, devant l'immense et ténébreux océan indien, il lui faut gagner quelque argent et se retrouve sur un bateau de pêche, sans trop savoir ce qui l'attend. Ce sera une expérience violente, traumatisante, avec un équipage hétéroclite à la limite du sadisme. Ce périple sera sanglant pour les hommes comme pour les poissons.
Puis il part dans le nord, qui semble être une vague destination. La région vient d'être touchée par un cyclone tropical et notre prof de Philo en fuite, va enfin se poser au sein d'une communauté aborigène.
Là, au milieu de cette communauté désoeuvrée, rongée par l'alcool et le désespoir d'une civilisation perdue, il sera pris en charge par le patriarche de la communauté qui lui fera approcher le quotidien aborigène (les parties de pêche dans la dangereuse mangrove) mais aussi le surnaturel. Il deviendra Napoléon Yagoo, avant de retourner au triste quotidien.
Ce livre a reçu le prix du festival "étonnants voyageurs" de Saint Malo. Il peut dérouter, par l'absence d'explications sur la situation de l'auteur. Personnellement, ne pas savoir ce qu'il fuit, où il va et d'où il vient ne m'a pas gêné. Le tableau qu'il dresse de l'Australie et des australiens est noir, aux antipodes des cartes postales. Mais l'oeil est acéré, la plume de qualité et je suis entré sans problème à ses côtés. Le quotidien, c'est cela aussi. Les voyages lointains ne sont pas toujours de moments de rêve, on l'oublie souvent.
Je ne l'oublierai pas.....

Publié le 14/06/2008 à 10:05, dans les livres,
Mots clefs : fauquemberg
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L'axe du loup de Sylvain Tesson (Pocket)

J'envie Sylvain Tesson pour de nombreuses raisons... Pour les périples qu'il entreprend que je n'aurai ni l'occasion ni le courage de faire. Mais aussi pour l'écriture, belle et poétique à souhait (entre autres), à rendre jaloux un apprenti blogueur.

L'axe du loup relate un voyage fait par l'auteur "by fair means", c'est à dire pour l'essentiel à pied, à cheval ou à vélo. Fasciné par un récit dont l'authenticité est contestée ( A marche forcée par Slawomir Rawicz), il va suivre le chemin parcouru par des évadés du goulag. Il ne faut pas oublier qu'une grande partie du peuplement russe en Sibérie s'est fait de manière autoritaire.
Exilés de force voire souvent emprisonnés, de nombreux russes, baltes, polonais ou autres, pour des raisons politiques, religieuses ou fantaisistes , se sont retrouvés prisonniers soit de camps, soit de l'immensité de la forêt sibérienne. Quelques uns d'entre eux ont refusé la captivité et se sont enfuis. Beaucoup ont payé de leur vie.

Sylvain Tesson va suivre l'axe le plus logique pour un évadé de Sibérie : plein sud, vers la Mongolie, puis la Chine et enfin l'Inde. Ce n'est pas un axe naturel pour l'homme car il traverse des climats et des biotopes différents. Mais c'est l'axe du loup...

6000 km exténuants, traversant les déserts verts (la taïga) ou de pierre (le Gobi). De loup, Sylvain Tesson n'en croisera pas, mais plutôt des ours, abondants dans la partie sibérienne, et quelques araignées, qu'il a en horreur.
Bien souvent seul face à lui même, ayant emmené pour seul livre un recueil de poèmes, Il va néanmoins faire de nombreuses rencontres agréables et surprenantes mais aussi vivre de nombreux moments difficiles.

Sylvain Tesson est conscient qu'il n'est pas fugitif, qu'il n'a pas à se cacher sous peine d'être dénoncé, qu'il peut manger à sa faim et se reposer de temps en temps dans un hôtel au confort frustre mais bienveillant. Toutefois, outre la réelle performance athlétique, c'est un bel hommage bourré de culture et d'intelligence à tous ces évadés du goulag, oubliés par le temps...

Publié le 7/06/2008 à 02:35, dans les livres,
Mots clefs : Sylvain Tesson
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Mémoires des Afriques, de Nicole Combredet, éditions Paari

Je tenais beaucoup à lire ce livre. Non pas que ce soit le best seller dont tout le monde parle, ou que j'aie lu une critique dans un magazine. Non...
 Je connais bien Nicole Combredet, tout simplement. Nos destins se sont croisés à maintes reprises dans notre vie militante. Et ce ne fut pas un long fleuve tranquille, mais plutôt un torrent d'incompréhensions. Nous nous sommes tour à tour retrouvés complices ou ennemis, avec une méfiance originelle venue d'on ne sait où. Tantôt associés sur la même affiche, tantôt combattant pour les mêmes idées dans des camps différents. Et jamais nous n'avons pu dépasser cette relation mouvementée....
C'est pourquoi je voulais découvrir une autre Nicole Combredet, celle dont j'avais maintes et maintes fois soupçonné l'existence.
Ce livre n'a pas vocation à être un chef d'oeuvre, mais c'est un témoignage émouvant sur les liens unissant l'Afrique et Nicole. On pourrait presque dire les liens entre Nicole et son père, qui fut un grand amoureux du continent noir.
L'un des passages les plus touchants est la recherche des racines familiales, à Blida en Algérie, où se trouvait le foyer parental. La rencontre avec un des anciens employés de son grand père, vétérinaire reconnu montre bien le gâchis humain de la guerre d'Algérie

Nicole foulera à de nombreuses reprises le sol africain, pour des raisons professionnelles (elle est hydrogéologue) ou personnelles. Le Maghreb dans son ensemble, l'Afrique subsaharienne (Guinée, Sénégal, Burkina, Côte d'Ivoire), mais aussi l'Afrique de l'Est anglophone (Kenya et Tanzanie) seront tour à tour visitées, toujours au plus près des populations locales.

Ce livre est à la fois carnet de voyage, recherche des liens parentaux distendus ou disparus,  plaidoyer pour un autre développement planétaire. Je connaissais ce troisième aspect, j'ai découvert les deux autres.

S'il ne fera pas date dans la littérature de voyage (je l'ai lu entre Isabelle Eberhardt et Pierre Loti, la barre est donc bien haute), le livre est plaisant et bien écrit. Il n'est donc pas réservé aux amis de Nicole...!!! 



Publié le 27/05/2008 à 01:37, dans les livres,
Mots clefs : Nicole Combredet
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Voyage autour du monde (1594-1606) de Francisco Carletti. Editions Chandeigne


J'avais remarqué plusieurs fois cette collection sur un présentoir de ma librairie préférée, à Tours avant de me décider d'acheter. Chaque pochette des livres des éditions Chandeigne représentait des gravures anciennes, comme je les aime.
La collection "Magellane" présente des récits de voyageurs entre le 14ième et le 18ième siècle. Ces récits deviennent aujourd'hui les rares témoignages d'un monde où la terre était encore vierge et d'une infinie diversité, et l'humanité à découvrir. Ces textes s'adressent aux passionnés de ces aventures, qu'ils soient connaisseurs ou néophytes.
Le livre qui suit est le premier que j'achète de cette collection, mais pas le dernier, tant la liste des titres de cette collection est alléchante.
Vous pouvez les retrouver à l'adresse www.librairie-portugaise.com/acc_ec.html

Mais revenons à ce Carletti. Fils d'un marchand florentin, il s'embarque avec son père à 18 ans pour un simple voyage "d'affaires".
La destination est l'archipel du Cap Vert, la marchandise un lot d'esclaves à amener en Amérique. Mais l'affaire ne sera pas aussi rémunératrice qu' espérée, et Carletti père et fils, dans l'espoir de s'enrichir, se trouveront embarqués de fil en aiguille dans un tour du monde improvisé. Les voilà au Pérou, puis au Mexique, traversant le Pacifique pour les Philippines où Carletti père décèdera.
Francisco découvre ensuite le Japon, la Chine, l'Inde à Goa où les divers trocs et achats semblent enfin satisfaisants. Il décide alors de retourner à Florence nanti de diverses marchandises de valeur. Hélas pour le jeune Francisco, une halte à Ste Hélène tourne mal, puisque son bateau est pillé par un navire hollandais. Il sera néanmoins ramené vivant par ce bateau corsaire, tentera par le biais de la justice de récupérer sa cargaison, mais rentrera ruiné après 12 années d'aventure. Nanti d'une sérieuse expérience, et d'une fine intelligence, il terminera sa vie auprès du puissant prince de Florence, auquel il contera ses récits.
Le style est alerte, les anecdotes savoureuses. Carletti junior est un fin observateur et il est très surprenant de rencontrer dans son récit les descriptions encore pertinentes des différentes civilisations, langues, fruits et légumes.
Ce récit est considéré comme la plus belle relation de voyage de la littérature italienne.

Publié le 19/04/2008 à 08:33, dans les livres,
Mots clefs : Carletti
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Africa Trek

Rubrique livre ou pionniers-explorateurs? Pas su trancher...

Nourri aux exploits des explorateurs des siècles précédents, souvent livrés à eux même et payant quelquefois de leur vie leur soif d'aventure, j'ai toujours quelque méfiance envers les aventuriers modernes, bardés de technologie et ravitaillés par hélico.
Je m'étais donc méfié de ce couple, Alexandre et Sonia Poussin, marchant en Afrique et entr'aperçu à la télé. J'ai eu tort...
J'ai fini par lire le récit de leur aventure, et j'ai été totalement conquis par l'authenticité de leur démarche, le courage nécessaire, puis par la qualité de l'écriture.
Leur projet? Rien moins qu'une marche du sud au nord de l'Afrique, seuls et sans assistance, avec le défi de trouver chaque soir un abri offert... En filigrane de tout ceci, une marche sur les pas de l'homme, de son origine supposée (la faille du Rift en Afrique), à Jérusalem, ville carrefour des religions monothéistes. Au final, un régal de lecture, une aventure formidable : 10 pays traversés, 14000km à pied pendant trois ans, de 2001 à 2004!
Difficile de résumer une telle épopée...

Quelques passages marquants, néanmoins :

l'Afrique du Sud, pays gigantesque (ils mettront 10 mois à la traverser), complexe, où l'insécurité est omniprésente. Le Zimbabwe, pays chaos où la "révolution" du tyran Mugabe n'en finit pas de se décomposer. Le Malawi où ils longeront le lac du même nom et ses villages de pêcheurs.
La Tanzanie, où ils traverseront une région de lions mangeurs d'hommes (7 victimes en quelques jours) et marcheront avec les Masaï.
En Ethiopie, ils seront régulièrement caillassés dangereusement par des bandes d'enfants, en Moyenne Egypte, accompagnés par la police pour cause d'insécurité, et enfin en Israël, terre ambigüe.

J'en oublie, ou je ne sais plus trop les situer: attaques de serpents, dévastation du SIDA, rencontres chez de riches fermiers ou de pauvres paysans,maladies diverses et variées, nuits à la belle étoile entourés de hyènes, ballades dans les réserves faunistiques ou les sites de fouilles archéologiques... Ce voyage est d'une intense richesse, à la hauteur des merveilles africaines.

Pendant ces trois ans, ils chemineront seuls, trouvant presque toujours un toit, source de contacts humains. A trois reprises, ils s'octroieront un repos confortable, le temps d'envoyer leurs vidéos et photos (faut bien vivre...) et d'attraper des tendinites par excès de confort. J'ai beaucoup apprécié, en plus du courage, la qualité de l'écriture, le ton "neutre" ( c'est à dire sans jugement )sur cette Afrique en panne et l'humanité qui transparait à chaque page.

Plusieurs documents sont parus pour raconter ce voyage : journal de voyage, superbe album photo, DVD.
Vous les retrouverez sur leur site www.africatrek.com/weblog/

Publié le 28/03/2008 à 10:01, dans les livres,
Mots clefs : trek
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