Logé à la croisée des mondes Arabe, Indien et Turc, l’Iran rassemble quasiment à lui seul le monde dit Perse, bien distinct des précédents. Son Histoire plurimillénaire va bien au-delà de son héritage musulman, le plus visible aujourd’hui. Situé tout près de la mythique région du Croissant Fertile, la Perse trouve ses premières splendeurs au temps des cités-états de Sumer, pionnières de l’Ecriture, puis sous les empires Elamite, Assyrien et Mède dont témoignent les ruines de Shoush (Suse), Shoushtar et Ecbatane (aujourd’hui Hamedan). Les légendaires cités de Persépolis et Pasargades (province du Fars) rappellent la gloire de l’Empire Perse et préfigurent le fructueux apport de la civilisation grecque initié par la conquête de la région par Alexandre le Grand (IV° siècle avant JC). De fait, la position géographique stratégique de la Perse en fera une zone de nombreux combats pour conquérants de tous acabits, qu’ils soient arabes, turcs ou mongols.
Ayant trouvé ses frontières actuelles au XIX° siècle, la Perse (ayant officiellement pris le nom d’Iran dans les années 20, par la volonté du premier souverain Pahlavi de se distinguer d’une appellation jugée probablement trop connotée sur son ancienneté), couvre aujourd’hui un territoire grand comme trois fois la France, et rassemble plus de 70 millions d’habitants. Coincé entre le Golfe Persique et la mer d’Oman au sud, et par la Mer Caspienne au nord, les monts du Caucase et le désert irakien à l’ouest, les steppes d’Asie Centrale et les reliefs accidentés d’Afghanistan à l’est, préfigurant la chaîne de l’Himalaya, l’Iran partage ses frontières terrestres et maritimes avec de nombreux pays. Du sud au nord et dans le sens des aiguilles d’une montre, ses voisins sont le sultanat d’Oman au niveau du Détroit d’Ormuz, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn et le Koweit, tous riverains avec l’Iran du Golfe Persique, l’Irak et la Turquie à l’ouest, suivent l’Arménie et l’Azerbaïdjan, puis la Russie et le Kazakhstan pour la Caspienne (dont le statut est toujours sujet à polémique), le Turkménistan au nord-est, l’Afghanistan et le Pakistan fermant la marche. La langue officielle est le Farsi, mais de très nombreux iraniens pratiquent le bilinguisme, notamment aux abords des frontières, tels les Azéris, les Kurdes, les Lors, les Turkmènes, les Arabes du Khouzistan ou encore les Baloutches. Ses principales villes sont l’imposante Téhéran, la capitale, la montagneuse Tabriz, la sainte Mashhad, et bien sûr les sublimes Ispahan et Shiraz. Les deux-tiers du pays connaissent une aridité importante; c'est le cas des régions du plateau central. Toutefois le pays abrite une remarquable diversité de paysages avec de hautes montagnes (jusqu'à plus de 5000 mètres dans le massif de l'Alborz), des forêts denses et humides (près de la Caspienne), des vallons verdoyants (dans le massif du Zagros) et bien entendu des déserts torrides (erg et reg).
Influencé, contrairement aux pays arabes, par l’antique religion mazdéiste (ou zoroastrienne), l’Iran est toutefois un pays très majoritairement musulman depuis la conquête arabe au VII° siècle de notre ère, d’obédience officielle chi’iite depuis le début du XVI° siècle. Il constitue d’ailleurs l’unique pays, avec l’Irak depuis 2003, où le chi’isme est officiellement la religion majoritaire. Les chi’ites d’Iran sont essentiellement duodécimains. Ils croient en la venue de 12 imams sur terre, qui se sont succédés après Mahomet pour guider les Hommes. Ces derniers s’étant montrés indignes de recevoir cet honneur, le douzième imam aurait volontairement disparu en 874 à Nadjaf (actuel Irak), et ne réapparaîtra que pour la fin des temps. Dans l’attente de cette réapparition, et contrairement aux sunnites qui exècrent officiellement la hiérarchie dans la religion, la communauté chi’ite doit être dirigée par des ayatollahs, clercs grands connaisseurs du Coran. Durant les années 70, les violentes critiques et oppositions adressées à la politique autoritaire du Shah furent progressivement utilisées par le charismatique grand ayatollah Ruhollah Khomeiny, pour renverser un régime jugé corrompu et trop dénaturé par sa grande proximité avec les Etats-Unis, et plus généralement l’Occident. La Révolution Islamique de 1979 fut un évènement majeur du dernier quart du XX° siècle, bouleversant non seulement la géopolitique de la région, mais inaugurant une période inédite pour un pays musulman par son déroulement (l’occupation et la prise d’otages pendant plus d’un an de l’ambassade des Etats-Unis en est le souvenir le plus troublant) et sa durabilité. Aujourd’hui, la figure de Khomeiny (ayant pris le titre d’Imam après sa mort en 1989 à l’issue de la guerre contre l’Irak) est devenue incontournable et bien sûr intouchable. Le Guide Suprême, aujourd’hui Ali Khamenei, successeur direct de Khomeiny, est le premier personnage de l’Etat, et jouit d’une aura considérable à l’intérieur de son pays.
A l’échelle internationale, la République Islamique d’Iran est surtout connue depuis peu pour les coups d’éclat médiatiques de son Président Mahmoud Ahmadinejad. Ancien maire de Téhéran, candidat conservateur mais laïc des élections de 2005, il fut élu contre le candidat réformateur et lui-même ancien Président de la République Hachémi Rafsandjani, par la grogne éprouvée face au manque de résultats de la politique du président réformateur sortant Mohammad Khatami, qui avait promis à sa propre élection en 1997, une amélioration du niveau de vie et une sortie digne de l’isolement international frappant le pays depuis la Révolution. Le nouveau président se montre depuis lors particulièrement acerbe contre Israël, multipliant les critiques en raison du comportement des autorités contre le droit des palestiniens. Le « dossier nucléaire » fait enfin largement consensus dans le pays. L’Iran revendique ouvertement son droit à maitriser la production d'une énergie nucléaire civile, mais rencontre les critiques et les suspicions des pays occidentaux affirmant que la République Islamique cherche à se doter d’une capacité atomique à but militaire, ce que Téhéran dément farouchement.
Mais toutes ces questions d’actualité ne doivent pas cacher le reste de la réalité du pays. Les iraniens sont un peuple patriote mais pacifique, fiers de leur Histoire et de leur civilisation. Hospitaliers et généreux, leur accueil reste pour quiconque un moment inoubliable. Au-delà des clichés superficiels d’aujourd’hui, il est temps de redécouvrir les splendeurs qui ont fait la gloire de la mythique Perse ! Beh Iran khoush amadid! (Bienvenue en Iran!)
Gita Shenasi, Tehran
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