"Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin"
Antoine de Saint Exupéry
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Bosnie J-1
Les instructions reçues par mail sont "rassurantes": nous serons escortés par l'Eurofor, à part deux endroits risqués, le sentier est déminé et les extrémistes serbes (Tchetniks) seront à l'église...
Mais ce soir, c'est Paris, je déambule dans la capitale entre deux gares. Demain, je m'envole pour Sarajevo via Vienne. Je devrais retrouver dans l'avion une députée verte suisse, et si tout se passe comme prévu, une voiture nous attendra à l'aéroport pour nous emmener vers le lieu de la marche à laquelle je me suis greffé.
Celle ci devrait rassembler 2000 personnes, pour la plupart bosniaques musulmans, dont beaucoup de rescapés du massacre de Srebrenica. A raison de plus de 30 km par jour, la marche relie le lieu de résidence actuelle de la plupart des musulmans expulsés de Srebrenica, à Potocari, cimetière rassemblant les dépouilles de quelques uns des 8000 musulmans disparus depuis le 11 juillet 1995.
Ce soir, je marche quelques kilomètres dans Paris, après demain plus de 30 (y arriverai-je?) au milieu d'une colonne dont je n'arrive à imaginer ni l'ambiance, ni l'aspect. Mon modeste périple me fait penser au livre dont j'ai parlé dans ce blog : l'axe du loup de Sylvain Tesson, où l'auteur refait "à pied , à cheval, à vélo" les milliers de kilomètres parcourus à l'agonie par de nombreux évadés du goulag.
Marcher au milieu de ces gens, écouter les témoignages, traverser ces paysages marqués par l'horreur devrait aider à oublier les pieds douloureux.
Dans un site internet que j'ai pu consulter, se trouvent de terribles photos du conflit yougoslave, parmi lesquelles de nombreuses colonnes de prisonniers musulmans, sans doute voués à la mort et aux fosses communes. Un détail m'a frappé: ils marchent les pieds nus et en sang, sans doute une ultime humiliation de leurs geôliers.
J'aurais ses images en tête si jamais les kilomètres sont de trop. Et je vais découvrir....
Je vais une fois de plus ouvrir tous mes capteurs sensoriels: regarder, écouter, sentir, imaginer.....
A bientôt
Vidimo se (à bientôt en bosniaque)
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Publié le 18/09/2008 à 08:49, dans carnet de voyage Bosnie, Paris Mots clefs : marché |
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4 jours en Bosnie
4 jours en Bosnie. Ce n’est pas suffisant pour estimer connaître la Bosnie et avoir compris les tragiques évènements qui s’y sont déroulés. Mais c’est suffisant pour aimer ce pays et ses habitants, suffisant pour toucher la solitude d’un peuple et l’horreur d’une guerre subie. Voici donc un carnet de voyage spécial Bosnie dans lequel j’insèrerai des articles destinés à vous faire mieux comprendre ce que je crois avoir compris.
J’ai vu et entendu des choses terrifiantes, mais aussi de belles histoires, et vu des lieux superbes. Je compte bien vous faire partager tout cela.
2 points importants avant de commencer :
Un point moral : dans ce blog, je parlerai des serbes, coupables de monstruosités : il ne s’agit pas du peuple serbe dans son ensemble, mais des dirigeants serbes de l’époque et des exécutants.
Un point essentiel : la guerre est fine en Bosnie, même si elle est dans tous le cœurs. La vie a repris ses droits et ce pays mérite notre soutien et notre visite. Et Sarajevo est une ville magnifique !
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Publié le 17/09/2008 à 08:10, dans carnet de voyage Bosnie, Mots clefs : |
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La Bosnie en (très ) rapide résumé
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C’est une des républiques de l’ancienne Yougoslavie. 11 fois plus petite que la France avec une population totale de plus de 4 millions d’habitants (2 fois Paris).
En simplifiant, on y trouve majoritairement des bosniaques (musulmans pratiquant pour la plupart un islam tolérant), mais aussi des bosno-serbes orthodoxes et des croates catholiques. C’est pourquoi on peut trouver dans le même quartier de Sarajevo une mosquée, une église, un temple et une synagogue. Avant la guerre c’était un symbole de diversité culturelle.
Après la mort de Tito, la Yougoslavie vécut une grave crise économique. Comme souvent à ce moment, les habitants choisirent des dirigeants extrémistes et populistes et ceux ci n’eurent aucun mal à réanimer des tensions entre les communautés. La Slovénie proclama son indépendance en 1991, puis la Croatie, déclenchant une guerre terrible avec la Serbie.
En 1992 c’est au tour de la Bosnie de décider son indépendance, par référendum. Aussitôt, refusant le verdict des urnes, les bosno-serbes, aidés de la puissante armée serbe (en réalité quasiment celle de l’ex Yougoslavie) déclenchent de violentes hostilités contre une population au départ désarmée. Massacres et pillages sont innombrables. Au sommet de ceux ci, le massacre de Srebrenica en 1995 voit 10.000 hommes tués en 5 jours.
La communauté internationale finira par réagir imposant un traité injuste, mais amenant tout de même la paix.
Depuis, la Bosnie est composée de deux entités assez autonomes : la fédération croato musulmane et la république serbe de Bosnie. Chacune a sa police, son système éducatif, judiciaire, etc…. Ce système bloque un pays qui peine depuis à se rétablir.
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Publié le 16/09/2008 à 08:22, dans carnet de voyage Bosnie, Mots clefs : guerre |
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Mercredi 9 juillet
Sentiment curieux que ce départ… Nuit agitée, je n’arrive ni à me réveiller complètement, ni à dormir dans l’avion. Tout juste arrive – je à entendre le beau Danube bleu filtrant au travers des haut parleurs en entrant dans l’avion et à voir les chalets de montagne sur les écrans vidéo : je suis à bord d’un avion autrichien en partance pour Vienne. L’escale est courte, le temps d’apercevoir dans ma brume un jeune homme en tee-shirt No More Land Mines (stop aux mines antipersonnel). Dans l’avion qui me mène à Sarajevo, je suis surpris de découvrir la courte distance depuis Vienne : 600 km. C’est vrai que les deux villes ont été historiquement liées au cœur de l’empire austro-hongrois…
A l’aéroport, un chauffeur m’attend : il ne parle pas un mot d’anglais. Par contre, je connais quelques mots de bosniaque, afin de dire « je ne parle pas bosniaque, je suis français », mais cela ne nous aide pas beaucoup. Le chauffeur, un homme d’une quarantaine d’année, boîte bas. Il passe rapidement chercher sa nièce de 18 ans, avec qui nous allons pouvoir discuter en anglais.
Je suis très vite mis dans l’ambiance : elle est orpheline . Son père a été tué à Srebrenica, où a également été blessé son oncle, mon chauffeur.
Nous longeons Sarajevo, enchâssée entre les montagnes. La jeune fille me demande si je trouve la ville belle. Je lui réponds oui, poliment, tout en regardant les immeubles criblés d’impacts de balles.
Mais en regardant mieux, c’est vrai que le site est magnifique, et que malgré des stigmates de la guerre encore visible, la vie est là, bien là.
La vie, et la mort aussi : le long de la route, de très nombreux petits monuments sont érigés en mémoire des tués… par accident. Et je comprends vite pourquoi, m’accrochant dans certains virages, quand mon chauffeur doublera sans visibilité ! Roulette russe…. Quelques kilomètres après Sarajevo, la route serpente entre les montagnes et l’écriture change. Les inscriptions sont en cyrillique. Nous sommes en Républika Srebska, entité serbe de Bosnie.
Nous roulons pendant plus de trois heures, dans un paysage qui rappelle tantôt les Préalpes, tantôt les plateaux jurassiens. Nous arrivons alors dans un village gardant encore de nombreux stigmates de la guerre. Non loin de là, je rejoins la « troupe » de marcheurs internationaux, venus de France, Italie et Suisse. Ce sont pour la plupart des militants pacifistes ou des droits de l’homme. Ils sont fourbus. L’étape a été très longue (près de 40 km) et c’est leur deuxième jour de marche.
Nous sommes chez Muhizin Omérovic, alias Djile. Chassé de sa région par les serbes, Djile est revenu s’installer dans son pays, après 6 ans en Suisse, et 2 en Iran, où il n’a pas supporté l’islam iranien, pur et dur. Très actif, militant infatigable, il tente au travers de divers projets de relancer la vie économique des bosniaques revenus au pays. Mais c’est très dur. Comme on me dira à plusieurs reprises : « En Bosnie, la nature est superbe, il manque juste des usines ». Et quand elles existent, elles sont tenues et animées par les Bosno Serbes…
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La Mars Mira
En 1995, de nombreux bosniaques musulmans sont retranchés à Srebrenica, alors décrétée zone de paix, sous contrôle de l'Onu. Puis le 11 juillet tout bascule dans l'horreur: les soldats de l'ONU "livrent" l'enclave de Srebrenica aux Serbes. Une colonne de 14.000 hommes tente de s'enfuir. Encerclés, pratiquement désarmés, seuls 6000 arriveront une semaine plus tard en territoire ami, après de terribles épreuves.
Depuis plusieurs années, une marche commémorative reprend le trajet de la colonne, à l'envers, repassant par des lieux porteurs de souvenirs douloureux. 2000 personnes composent cette marche difficile (4 jours de plus de 30 km chacun). Survivants, jeunes orphelins ou non, militants bosniques et internationaux
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Les tee shirts Orange
Omniprésents dans la marche, souvent attachés aux tâches d'organisation, ce sont des rescapés de la marche de 1995. Leur attitude sera très digne du début à la fin, rappelant sans cesse que cette marche est une marche de paix, calmant des jeunes quelquefois prêts à provoquer les familles serbes croisées.
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Afin d'assurer la logistique, mais aussi d'assurer une protection dans un contexte toujours tendu, l'armée bosniaque est présente
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La journée fut très éprouvante pour les marcheurs. C'est l'heure du repos et des soins dans un des nombreux marabouts érigés sur le camp
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Sous l'organisation efficace d'Ivar Patterson, militant suisse dévoué à la cause bosniaque une bonne vingtaine de militants européens participent à la marche. Pour beaucoup, ce n'est pas une première |
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Mes hôtes d'un soir, pendant la cérémonie rituelle du café. Le père, le fils aîné, la maman, et une militante française de Lyon.
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Je quitte le groupe après le repas pour aller visiter le camp de base des participants de la marche, situé 2 kilomètres plus bas.
J’ai un choc en arrivant : la présence de camions et tentes militaires, la quasi totalité de marcheurs exténués et allongés rappelle des photos d’hôpitaux de campagne en temps de guerre. Heureusement, en regardant de près, l’ambiance semble plus festive : feux de camps, groupes de jeunes en fête.
Je terminerai la journée et dormirai chez une famille qui a été chassée de cette vallée en 1995 pour vivre pendant 5 ans dans des camps. Le père, la soixantaine alerte est maçon et a construit seul sa nouvelle et fort belle maison (sauf la plomberie et l’électricité). Les deux fils vivent à l’étranger : l’aîné travaille en Suisse, le plus jeune étudie en Autriche. 50 familles bosniaques vivaient dans cette vallée. Beaucoup sont morts, d’autres sont loin. Seules deux familles ont osé revenir. Quand je demande à mon hôte pourquoi il est revenu, la réponse tombe, tellement évidente : « Mais parce que c’est chez nous !!!! »
Demain, je marche vers Srebrenica (prononcez Srébrénitza)
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Publié le 15/09/2008 à 09:15, dans carnet de voyage Bosnie, Sarajevo Mots clefs : |
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jeudi 10 juillet, au petit matin
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7 heures et demi du matin. Je suis réveillé depuis bien longtemps quand l'avant garde de la marche passe devant notre maison. Les salutations fusent:
"Salaam aleikum.... Aleikum Salaam"
Je suis impressionné par cette troupe compacte, silencieuse
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Je n'avais pas remarqué l'homme qui fermait la marche de ce groupe lorsque j'ai pris la photo. Quelques 30 km plus loin, il marchait devant moi, arc bouté sur ses deux cannes, avec des sortes d'espadrilles au pied.
Des marcheurs m'ont donné son âge...86 ans !!!!
Et il a fait la totalité du trajet.....
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Notre maîtresse de maison avait, pour l'occasion, préparé des litres de café. Une partie des marcheurs viendra en profiter pour discuter avec nos hôtes
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Jeunes et moins jeunes s'octroient cette pause café, pendant que les participants défilent
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Publié le 13/09/2008 à 06:24, dans carnet de voyage Bosnie, Mots clefs : |
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