les mystères de miss terre
"Droit devant soi, on ne peut pas aller bien loin" Antoine de Saint Exupéry


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Mercredi 9 juillet

Sentiment curieux que ce départ… Nuit agitée, je n’arrive ni à me réveiller complètement, ni à dormir dans l’avion. Tout juste arrive – je à entendre le beau Danube bleu filtrant au travers des haut parleurs en entrant dans l’avion et à voir les chalets de montagne sur les écrans vidéo : je suis à bord d’un avion autrichien en partance pour Vienne. L’escale est courte, le temps d’apercevoir dans ma brume un jeune homme en tee-shirt No More Land Mines (stop aux mines antipersonnel). Dans l’avion qui me mène à Sarajevo, je suis surpris de découvrir la courte distance depuis Vienne : 600 km. C’est vrai que les deux villes ont été historiquement liées au cœur de l’empire austro-hongrois…

A l’aéroport, un chauffeur m’attend : il ne parle pas un mot d’anglais. Par contre, je connais quelques mots de bosniaque, afin de dire « je ne parle pas bosniaque, je suis français », mais cela ne nous aide pas beaucoup. Le chauffeur, un homme d’une quarantaine d’année, boîte bas. Il passe rapidement chercher sa nièce de 18 ans, avec qui nous allons pouvoir discuter en anglais.

Je suis très vite mis dans l’ambiance : elle est orpheline . Son père a été tué à Srebrenica, où a également été blessé son oncle, mon chauffeur.

Nous longeons Sarajevo, enchâssée entre les montagnes. La jeune fille me demande si je trouve la ville belle. Je lui réponds oui, poliment, tout en regardant les immeubles criblés d’impacts de balles.

Mais en regardant mieux, c’est vrai que le site est magnifique, et que malgré des stigmates de la guerre encore visible, la vie est là, bien là.

La vie, et la mort aussi : le long de la route, de très nombreux petits monuments sont érigés en mémoire des tués… par accident. Et je comprends vite pourquoi, m’accrochant dans certains virages, quand mon chauffeur doublera sans visibilité ! Roulette russe…. Quelques kilomètres après Sarajevo, la route serpente entre les montagnes et l’écriture change. Les inscriptions sont en cyrillique. Nous sommes en Républika Srebska, entité serbe de Bosnie.

Nous roulons pendant plus de trois heures, dans un paysage qui rappelle tantôt les Préalpes, tantôt les plateaux jurassiens. Nous arrivons alors dans un village gardant encore de nombreux stigmates de la guerre. Non loin de là, je rejoins la « troupe » de marcheurs internationaux, venus de France, Italie et Suisse. Ce sont pour la plupart des militants pacifistes ou des droits de l’homme. Ils sont fourbus. L’étape a été très longue (près de 40 km) et c’est leur deuxième jour de marche.

Nous sommes chez Muhizin Omérovic, alias Djile. Chassé de sa région par les serbes, Djile est revenu s’installer dans son pays, après 6 ans en Suisse, et 2 en Iran, où il n’a pas supporté l’islam iranien, pur et dur. Très actif, militant infatigable, il tente au travers de divers projets de relancer la vie économique des bosniaques revenus au pays. Mais c’est très dur. Comme on me dira à plusieurs reprises : « En Bosnie, la nature est superbe, il manque juste des usines ». Et quand elles existent, elles sont tenues et animées par les Bosno Serbes…

La Mars Mira

En 1995, de nombreux bosniaques musulmans sont retranchés à Srebrenica, alors décrétée zone de paix, sous contrôle de l'Onu. Puis le 11 juillet tout bascule dans l'horreur: les soldats de l'ONU "livrent" l'enclave de Srebrenica aux Serbes. Une colonne de 14.000 hommes tente de s'enfuir. Encerclés, pratiquement désarmés, seuls 6000 arriveront une semaine plus tard en territoire ami, après de terribles épreuves.

Depuis plusieurs années, une marche commémorative reprend le trajet de la colonne, à l'envers, repassant par des lieux porteurs de souvenirs douloureux. 2000 personnes composent cette marche difficile (4 jours de plus de 30 km chacun). Survivants, jeunes orphelins ou non, militants bosniques et internationaux

 

Les tee shirts Orange

Omniprésents dans la marche, souvent attachés aux tâches d'organisation, ce sont des rescapés de la marche de 1995. Leur attitude sera très digne du début à la fin, rappelant sans cesse que cette marche est une marche de paix, calmant des jeunes quelquefois prêts à provoquer les familles serbes croisées.

Afin d'assurer la logistique, mais aussi d'assurer une protection dans un contexte toujours tendu, l'armée bosniaque est présente
La journée fut très éprouvante pour les marcheurs. C'est l'heure du repos et des soins dans un des nombreux marabouts érigés sur le camp
Sous l'organisation efficace d'Ivar Patterson, militant suisse dévoué à la cause bosniaque une bonne vingtaine de militants européens participent à la marche. Pour beaucoup, ce n'est pas une première
Mes hôtes d'un soir, pendant la cérémonie rituelle du café. Le père, le fils aîné, la maman, et une militante française de Lyon.


Je quitte le groupe après le repas pour aller visiter le camp de base des participants de la marche, situé 2 kilomètres plus bas.

J’ai un choc en arrivant : la présence de camions et tentes militaires, la quasi totalité de marcheurs exténués et allongés rappelle des photos d’hôpitaux de campagne en temps de guerre. Heureusement, en regardant de près, l’ambiance semble plus festive : feux de camps, groupes de jeunes en fête.

Je terminerai la journée et dormirai chez une famille qui a été chassée de cette vallée en 1995 pour vivre pendant 5 ans dans des camps. Le père, la soixantaine alerte est maçon et a construit seul sa nouvelle et fort belle maison (sauf la plomberie et l’électricité). Les deux fils vivent à l’étranger : l’aîné travaille en Suisse, le plus jeune étudie en Autriche. 50 familles bosniaques vivaient dans cette vallée. Beaucoup sont morts, d’autres sont loin. Seules deux familles ont osé revenir. Quand je demande à mon hôte pourquoi il est revenu, la réponse tombe, tellement évidente : « Mais parce que c’est chez nous !!!! »

Demain, je marche vers Srebrenica (prononcez Srébrénitza)


Publié le 15/09/2008 à 09:15, dans carnet de voyage Bosnie, Sarajevo
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