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Ce matin, j'hésite: quelle direction prendre: Limoges? Pas assez exotique. Montluçon? Je ne connais pas mais suis peu attiré. Reste le plateau des Millevaches avec l'espoir de rejoindre ensuite Clermont Ferrand. Sans doute le plus bel itinéraire, mais un vrai risque, les routes sont peu fréquentées, sans parler du temps menaçant. J'opte néanmoins pour cette solution: il est encore tôt, autant prendre des risques. Je fais un dernier tour dans Bourganeuf.
La petite départementale grimpe dur. Une pluie très fine mais mouillant peu humidifie l'atmosphère. Les sommets des collines sont mangés par le plafond nuageux. Je comprends très vite le challenge de la journée: pas de voiture, enfin très peu. Une s'arrête et le conducteur me propose Saint Pardoux. Cela tombe bien, je ne sais pas où cela se trouve. Mon conducteur, en pleine campagne municipale m'explique que les creusois sont soit bûcherons soit fonctionnaires. Je devine assez facilement qu'il est fonctionnaire. Au bout de quelques kilomètres, il quitte cet axe déjà peu fréquenté pour m'emmener au coeur de rien: Saint Pardoux. Le village est minuscule, les maisons superbes en granit taillé, les cheminées fument. Je reprends ma marche en avant...la route fait trois mètres de large. Une brave et souriante grand mère me demande si j'ai un parapluie. Je fanfaronne en disant que cela encombre et que cette petite pluie ne mouille pas. Elle sourit et me dit "vous allez bien voir!" J'ai vite vu... la pluie a redoublé et a vraiment mouillé, cette fois. Et pas de voitures, ni même de tracteur. Presque tout en sous bois (les gouttes sont plus rares mais plus grosses), j'ai marché pendant 5 kilomètres dans un paysage superbe, très vallonné, de forêts, tourbières striées de mille rus gonflés par la pluie.
Une voiture arrive enfin et elle s'arrête. En fait, moins il y a des voitures et plus les gens s'arrêtent. La conductrice me met à l'abri, ne me fait faire qu'un saut de puce d'un bon kilomètre, mais surtout m'amène à une route plus passagère. J'hésite... je reste là, au milieu de ce petit village ou je m'avance? J'avance... des voitures passent mais ne s'arrêtent pas. Il me faudra marcher encore 5 bons kilomètres. Je commence à être vraiment trempé et à ressentir le froid, mais le paysage en vaut la peine.
Un fourgon s'arrête, 2 jeunes à son bord. Ils vont au marché d'Eymoutiers, 30 km plus loin. Un vrai saut de géant!l La route serpente en sous bois entre les rochers. Le paysage m'évoque, boisement mis à part, l'Irlande. Au détour d'un virage, nous passons à côté d'un improbable "musée du pin's pompier". Nous nous demandons ce que peuvent bien être les trésors qui y sont cachés!
Très sympas ces deux jeunes un peu marginaux. Le chauffeur, environ 25 ans, vit dans son fourgon. Il a un look à la Fred Chichin, moustache et casquette. Un peu "brigade du tigre". Je regrette de ne pas lui avoir demandé de quoi il vivait. Artiste oui artisan, sans doute. Je trouverai beaucoup de jeunes de sa "tribu", rasta ou chignons, vêtements amples resserrés à la cheville. Il parait que l'on nomme ces jeunes des "Fraggles"...
Je visite rapidement Eymoutiers, mais si le bourg est charmant, le marché est décevant. En fait je n'ai qu'une seule envie, rentrer au chaud et manger quelque chose de chaud. J'aurais droit à mon plat chaud avec un ragout de veau spongieux accompagné de pâtes molles. Puis je décide de repartir, toujours plus en avant.... Je choisis d'abord le stop, mais tout le monde doit faire la sieste. Comme je suis encore trempé et qu'il y a une petite gare, je refais ma prière " S'il y a un train qui part bientôt, et qu'il va dans la bonne direction...." Re-bingo, dieu SNCF m'exauce avec un train vers Ussel (Corrèze).
Le train arrive rapidement, à grand coup de sirène. Ce n'est pas un train à vapeur, mais un espèce de suppositoire bleu flambant neuf, le petit fils de mémé Micheline. Le trajet s'avère charmant. Le paysage est sauvage, et l'habitacle du conducteur est accessible. J'en profite pour admirer la vue... Des buses tournoient dans le ciel plombé au dessus de landes et de forêts de bouleaux et de résineux. Le train se fraie un passage au coeur de la roche, suivant cette voie unique qui serpente et louvoie en prenant son temps.
A côté de moi, affalée sur la banquette, une demi-baleine prognathe d'environ 16 ans pousse des soupirs énormes à chaque SMS qu'elle reçoit. Le femme assise en face, sorte de Nefertiti déjà momifiée en est soufflée au fond de la banquette. La demi baleine, qui lit un best seller Harlequin (la mariée apprivoisée- faudra que je le lise), doit rentrer d'un concours de mode: cheveux a demi décolorés (ou a demi colorés, c'est selon...), fardée de rose vif, quelques restes de vernis à ongles noir, elle porte un seyant blouson à l'effigie de l'Olympique de Marseille.
Puis c'est l'arrivée à Ussel. Un bus part pour Clermont Ferrand. Mais ce serait trop facile... Il n'est que 16h30, la pluie s'est arrêtée et je suis enfin sec. Néanmoins je n'ai pas le droit à l'erreur. Demain, il n'y a ni train, ni bus. Je relève donc le pouce sur une route très passagère. De nombreuses voitures passent avant que ne s'arrête Yannick. Il va ...à Clermont Ferrand, distant d'une petite centaine de kilomètres. Yannick est trop fort en maths pour faire autre chose, mais pas assez pour se passer de bosser. Résultat, il a raté prépa et craint désormais son année de faculté. Nous parlons voyage, et mon odyssée du week end l'impressionne. Cela me semble pourtant si facile... Nous longeons le massif du Sancy, agrémenté de quelques plaques de neige, puis la chaîne des puys, nimbés de soleil. Yannick prophétise avec raison un grand beau temps sur Clermont. Avant d'arriver, nous parlons de ces loisirs, et la conversation tombe sur l'équipe Clermontoise de rugby, l'une mes meilleures d'Europe. Surprise, il y a un match qui débute dans 30 minutes. Puisque c'est le week end où tout arrive si on va le chercher, je propose à Yannick de lui payer sa place en remerciement. Trop poli ou trop timide, il refuse... Un jour, il faudra oser, Yannick.
Pour moi le timing est parfait. Déposé à la gare, je cale mon retour par train et je cours au stade. Je ne loupe que les cinq premières minutes. Le stade, du nom du dieu local Michelin, est superbe et plein à ras bord. Le match oppose Clermont à Bayonne. Sur la pelouse, le capitaine de l'équipe d'Afrique du Sud, champion du monde, et une pléiade d'internationaux français, argentins, fidjiens, géorgiens, etc.... Le match est de qualité, le public aussi: fair play, il applaudit l'équipe adverse et rend un bel hommage à un Bayonnais sorti sur civière. A la fin du match (par ailleurs retransmis sur canal plus), le stade est, à ma surprise, envahi par les supporters. Et, impensable au foot, les joueurs restent sur la pelouse au milieu des supporters, signer des autographes, poser sur la photo, faire la bise à madame.... Un grand moment de sport comme on l'aime. 15 minutes après la fin du match, certains sont encore au milieu de leurs fans , dans une atmosphère positive et bon enfant. Même les vedettes bayonnaises y ont droit...
Bon, il est 20heures, et il me faut trouver un hôtel. Pas si facile, un samedi soir retour de neige. Mon choix s'arrête sur un hôtel au nom évocateur: l'hôtel Moderne. Il ne me déçoit pas. Il a sans doute été moderne, mais il y a très longtemps, du temps où le ménage était fait. Pas de cafard, mais des punaises...pour tenir la moquette murale! Mais finalement, fallait il en attendre plus pour moins de....25 euros?
Il me faut désormais découvrir Clermont by night. Je marcherai 
longtemps sans réellement trouver de centre vivant. Les rues piétonnes sont désertes. Mais je trouve enfin un resto au nom qui me parle: le Chardonnay, bistrot à vin blotti au pied de la cathédrale. Celle ci, fort bien illuminée est aussi blanche la nuit que noire le jour (elle est en pierre de lave basaltique). Le Chardonnay tiendra ses promesses: plats simples mais réussis, verres de vins fameux. Comme d'habitude, je discute vin avec le (jeune) patron, et, comme d'habitude, je gagne un verre de vin gratuit. Je gagne toujours à ce jeu. Et pour les grincheux, le vin gagné était un délicat Moscato d'Asti, ne titrant que quelques petits degrés d'alcool. Sur le retour, je ne trouverai aucun endroit nocturne intéressant... Direction dodo, les jambes commencent à tirer...!
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