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Vendredi29 Tours. 11 heures environ.
Me voilà sur le bord de la Mythique route nationale 134.
la porte de l'orient (Chambray les Tours)
Comme sur la route de la soie ( Boukhara, Samarcande, X'ian), les villes étapes font rêver et exhalent déjà les épices orientales: Fléré la Rivière, Clion, Buzançais. La pluie s'est arrêtée dès que j'ai levé le pouce, les dieux sont avec moi. Je voyage léger: à part les deux livres prévus, j'ai juste une brosse à dent et un mini tube de dentifrice. Pas de téléphone portable, pas de montre, pas de cartes (sauf la bleue...!)
L'attente est bève, une dizaine de minutes et un jeune rasta m'ammène déjà à Loches, 30 km plus loin. Ce n'est pas encore l'inconnu, j'ai habité tout près, mais j'adore cette superbe ville, ancienne cité royale. Un petite discussion au café du coin et c'est reparti. Une idée m'est venue. La gare est proche, pas de trains vers l'aventure, mais des bus...! Allez, si un bus part dans les20 minutes, je le prends, sinon, auto stop.
Le chateau royal de Loches
Bingo, un bus part pour Chateauroux. Je vais donc me mêler à la population locale. Personne sur le toit, tout le monde est sagement assis. Décidé à me faire violence et à chercher le contact, j'entame la conversation avec ma voisine. Le miracle a lieu, car après deux échanges, elle change de place...!!! Je me concentre alors sur l'extérieur et... un panneau attire mon attention: Bienvenue dans l'Inde... merveilleux! Non, j'ai mal lu, bienvenue dans l'Indre. A une lettre près, c'est un peu bête....
Voici Chateauroux, patrie du poète Gérard Depardieu et sa fameuse gare routière. Je tente un nouveau pari: si un bus part dans les 20 minutes...etc Re-bingo, un bus part pour Aigurande, au sud de l'Indre, aux portes de la Creuse. Ici commence la Terra Incognita. Fort de l'expérience du bus précédent, je n'adresse pas un mot aux deux autres lycéennes du mini bus. Après un rapide arrêt pour découvrir Aigurande et sa grande place centrale, j'hésite entre deux directions: l'est vers Sainte Sévère, village où a été tourné Jour de fête de Jacques Tati, et le sud, vers Guéret.
J'opte pour le sud. A la sortie d'Aigurande, le paysage a changé. C'est un bocage vallonné et tranquille avec une ligne bleue de colline escarpées au lointain: Ce sont les Marches, prémices du massif Central.
Pas le temps d'admirer le paysage, un premier saut de puce en voiture, puis une Clio avec trois personnes s'arrête. Deux personnes âgées tres clâââsse (surtout le femme, toute en autorité pompidolienne) conduite par leur fille, pimpante quinquagénaire qui a une tête à être abonnée à Télérama (pas de mauvais esprit, j'y suis aussi!). Je saurai au cours du chemin qu'elle est abonnée...à télérama. J'ai peut être loupé une carrière de physionomiste à l'entrée des boîtes de nuit? Ils sont charmants mais ne comprennent pas pourquoi ils m'ont fait monter: "vous devez avoir une bonne tête !" et semblent déçus d'avoir accueilli un "vagabond" et non pas un père de famille en panne. Mais le voyage jusque Guéret est fort agréable, malgré une route très sinueuse et vallonnée.
Je ne m'attarde pas à Guéret, fait quelques kilomètres à pied avant qu'un agriculteur creusois m'avance d'une vingtaine de kilomètes. Il m'annonce que la Creuse est le département le plus sûr de France (ce qui me sera répété le lendemain) et que Guéret est sans doute la ville la plus ennuyeuse...L'élevage et la forêt (omniprésente) sont les principales ressources locales. Comme tous les creusois rencontrés, il ne fait pas une pub terrible de sa région, pourtant fort belle. Des escadrilles de grues sillonnent le ciel sombre et menaçant. Le printemps revient. Mon conducteur me laisse dans un petit village appelé Sarment et me conseille d'entrer dans un bar local mais surtout ne ne pas y boire de café sous peine d'ennuis gastriques.
Le bar n'est pas signalé et j'hésite à pousser une porte comme les autres, mais j'y vais. Je ne regrette pas: l'endroit est assez petit, très sombre, bas de plafond. Deux tables et quelques chaises. La vedette du lieu est un meuble bar, en bois et étain. Il a sans doute plusieurs siècles et une histoire tourmentée. Déjà propriété de l'arrière grand père du tenancier actuel, il a été caché pendant la guerre pour ne pas remplir le trésor de guerre des allemands. Derrière le bar, les bouteilles n'ont sans doute pas été lavées depuis l'arrière grand père. On reconnait les bouteilles à leur forme (coca, orangina...) car la couleur opaque brune foncé est la même. TF1 est déjà venu dans ce lieu hors du temps. La France profonde chère à Pernaud... Dans les pièces voisines, d'impressionnantes piles de journaux et une machine à laver à laver. Non je n'ai pas fait de faute, elle est vraiment à laver, vu la couche de crasse qui la recouvre. Grâce à TF1, les parisiens auront une bonne image de la France hors périph...
-Alors quoi de neuf? -Rien, un coup de rouge (dialogue entendu)
Mais il est temps de repartir, le temps passe et il n'est pas loin de 17h. Ma "bonne tête" risque d'être moins efficace de nuit! J'ai choisi d'arrêter ma journée à Bourganeuf, situé à 15km. Cela tombe bien, c'est la où va le conducteur qui s'arrête. Il est turc et fait partie de l'importante communauté turque de Bourganeuf. Devant mon étonnement, il m'explique que c'est le travail de bûcheronnage qui a fixé cette communauté ici. Mais Bourganeuf est historiquement lié à la Turquie puisqu'un sultan turc séjourna au quinzième siècle dans la tour qui porte son nom (tour Zizim) du chateau local. Le chateau de Bourganeuf
Bourganeuf est une cité de plus de 3000 habitants, vivante et commerçante, centre de tourisme vert. 5 hôtels dont 4 fermés, je me rabats sur une chambre d'hôte très cosy, tenu par des anglais installés depuis peu. Je devrai même parler anglais avec la charmante propriétaire. Le soir, 4 oreillers douillets m'attendent, ainsi qu'une douche multijets. C'est dur l'aventure....
Bourganeuf, c'est déjà l'Orient !
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